INTENTIONS

Aujourd'hui, l'intime s'expose, se dévoile, et mobilise bien des curiosités et des convoitises. Bénéficiant du crédit attribué aux valeurs d’authenticité, de vérité et d’émotion avec lesquelles on tend souvent à le confondre. Alors qu’il est censé donner accès à cette part des êtres qui ne triche pas, loin derrière les masques que la vie sociale peut inciter à revêtir, on le retrouve filtré, enrobé et détourné. L’intime se trouve ainsi pris dans une dynamique impérieuse, propre aux logiques et aux besoins de la reconnaissance: cette intimité exhibée devient propre à notre modernité : en dévoilant et en mettant en avant une part de son intimité, physique ou psychique, on attendrait qu’elle soit validée, voire jalousée, par le regard d’autrui. L’intime n’est plus ce qui est strictement personnel et caché aux autres, ce qui demeure secret– mais ce que, du profond de nous-mêmes, nous considérons comme partageable et que nous souhaitons voir soumis à la (re)connaissance d’autrui.

 L’intime exposé, conçu et figuré pour l’Être, n’en est donc plus et alors que l’on pensait trouver du «différent» on en revient au même : l’intime, présent partout ne l’est finalement nulle part. On pourrait y voir ici notre volonté de nous ajuster à l’évolution des codes sociaux comme des témoins cristallisant les mutations profondes de la société mais sommes-nous intimement en accord avec ce avec quoi nous voulons nous conformer ? Il parait alors de plus en plus important d’interroger les frontières entre le privé et le public, l’intérieur et l’extérieur, le communicable et l’incommunicable et par conséquent les rapports de l’individu à lui-même et aux autres, de l’identité individuelle et collective.  

 

De ces constats et interrogations, est né «D12ouze»: forme spectaculaire de notre volonté de questionnement interactif et immersif. Artistes pluridisciplinaires, nous envisageons l’Art comme un véhicule multiple. Et tout comme co-existent nombre d’intimités, les manières d’en prendre conscience, d’en parler et de la recevoir peuvent revêtir différentes formes. Les chemins pour re-interroger les frontières de son intimité et peut-être de se réconcilier avec elle comme pour rencontrer celle des autres peut prendre plusieurs chemins et formes.

Ainsi, nous avons imaginé cette performance comme un trajet accompagné proposant plusieurs arts et donc possibilités d’expression: De la danse aux lectures, en passant par la performance théâtrale, à la musique ou encore à l’expérience physique, c’est une approche singulière et troublante. Nous avons envie de plonger les spectateurs là où ils n’ont pas l’habitude d’être invités à aller, sans violences ni heurts, car la bienveillance est de mise dans cette proposition à amener autrui dans ses profondeurs et les nôtres. Rien ne sera jamais fixe, ce qui sera vécu dépendra du choix de chaque spectateur car tout n’est qu’invitation. C’est avant tout une aventure de la circonstance mettant au centre de tout les relations entre soi et les autres. L’intimité est ici considérée comme un trésor à découvrir, échanger, partager... Il est possible de proposer une mise en scène de l’ensemble du parcours mais aussi de n’en proposer qu’une ou plusieurs parties.